Entendre (v. intr., tr. et pron., verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

v. intr., tr. et pron. 

(se conjugue comme Attendre ). XI e siècle. Du bas latin intendere, « étendre, tendre (quelque chose) vers » et, au figuré, « tendre, diriger son regard, son esprit, vers », puis, en latin chrétien, « faire attention à, écouter, , comprendre ».

I. V. intr. suivi de la préposition à. Très vieilli.
1. Tendre l'oreille, prêter attention. Seulement dans l'expression Ne pas savoir auquel, à qui, à quoi , ne pas savoir à qui ou à quoi il importe de prêter attention. Pressé de toutes parts, il ne savait à qui .
2. Par ext. Consentir, acquiescer. Il ne veut à aucun arrangement.

II. V. tr.
1. Percevoir par l'ouïe. Entendre une voix, un bruit. Il parlait si bas qu'on l'entendait à peine. Nous les entendions rire. J'ai entendu faire votre éloge. Il n'entend pas qu'il chante faux. Entendez-vous comme il crie ? Au milieu du bruit, il ne parvenait pas à faire sa voix, à se faire . Je les ai entendus dire qu'ils partaient demain. Absolt. Il entend mal d'une oreille. J'entends parfaitement. Loc. Faire , émettre. Il fit un toussotement qui en disait long. Un sifflement aigu se fit . Un murmure de protestation se fit . Entendre dire, apprendre par la rumeur publique. J'ai entendu dire que c'est un beau pays. Entendre parler, avoir connaissance par ouï-dire. Avez-vous entendu parler de son dernier livre ? Ne pas vouloir parler d'une chose, la rejeter sans même l'examiner. Il ne veut pas parler de régime alimentaire. Expr. À qui veut l'entendre, à tout le monde. Il raconte ses aventures à qui veut l'entendre. Je l'ai entendu de mes oreilles, de mes propres oreilles, j'ai personnellement entendu quelqu'un le dire. Fam. Ce qu'il faut ! Ce qu'il ne faut pas ! Mieux vaut cela que d'être sourd ! ce qui vient d'être dit est tellement déraisonnable qu'on ne saurait y attacher d'importance. Fig. Il n'entend pas de cette oreille-là (vieilli), il refuse la proposition qui lui est faite. Il ne l'entend pas de cette oreille, il n'est pas d'accord. Prov. Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son, voir . Il n'est pire sourd qui ne veut , ou que celui qui ne veut pas , se dit en parlant d'une personne qui feint de ne pas ou de ne pas comprendre ce qu'on lui dit.
2. Prêter une oreille attentive à. Ce soir nous irons un opéra. Un public enthousiaste est venu ce chanteur. Spécialt. Entendre la messe (vieilli), y assister. Entendre une personne en confession. . Entendre les avocats des deux parties. Entendre des témoins. La cause, l'affaire est entendue, les débats sont clos. Par ext. Prêter une oreille bienveillante à ; accueillir favorablement. Je doute qu'il soit prêt à vous . Veuillez mes raisons. Sa demande a été entendue. Expr. À l'entendre, si on l'en croit. À les , ils ne sont pas coupables. Entendre raison, acquiescer à ce qui est raisonnable. On n'a jamais pu lui faire raison. N' ni rime ni raison, refuser par entêtement de se rendre aux propositions les plus raisonnables. Ne rien vouloir , s'obstiner dans son idée. Le ciel vous entende ! puissiez-vous être exaucé !
3. Saisir par l'intelligence, comprendre. Ce texte est difficile à . Je ne suis pas parvenu à lui faire qu'on n'avait eu aucune intention de l'offenser. Spécialt. Dans un dialogue. Entendez-moi, entendez-moi bien ! comprenez-moi bien. J'entends bien, je vous l'accorde, je vous le concède, assurément. Il ne l'entend pas ainsi, il n'envisage pas la question de cette manière. Par ext. Avoir la connaissance et la pratique d'une langue, d'un métier, etc. Il entend parfaitement l'italien. Il entend bien son métier. Il n'entend rien aux affaires. Loc. Donner à , laisser , faire , insinuer, faire supposer. On lui donna à qu'il ferait bien de se retirer. Il m'avait laissé que vous refusiez tout accommodement. Il veut vous faire qu'il n'y a plus rien à espérer. Expr. Entendre, bien la plaisanterie, ne pas s'offenser de ce qui est dit en plaisantant. Il n'entend pas plaisanterie, raillerie là-dessus (vieilli), il n'admet pas que l'on plaisante sur ce point.
4. Comprendre d'une manière particulière ; attribuer un sens particulier à. On n'entend plus ce mot comme on l'entendait autrefois. Il entend le travail comme une pénible nécessité. Qu'entendez-vous par là ? que voulez-vous dire ? Par loi morale, il entend la loi que chacun porte en soi. Expr. Entendre finesse (litt.), malice à un propos, lui attribuer un sens caché malicieux. Je ne sais pas quelle finesse vous entendez à cela. Il entend finesse à tout ce qu'on dit. Il a dit cela sans y malice, sans mauvaise intention.
5. Avoir l'intention, la volonté de. Faites comme vous l'entendez. Chacun fait comme il l'entend. Par ext. Exiger. J'entends que vous restiez avec moi. J'entends être obéi. Il n'entend pas se laisser faire.

III. V. pron.
1. Être perçu par l'ouïe. La sirène de ce bateau s'entend de loin.
2. Percevoir sa propre voix ou la voix d'une autre personne. On ne s'entend plus dans ce vacarme. Ils avaient beau crier, ils ne parvenaient pas à s'entendre.
3. Être saisi par l'intelligence. Seulement dans les locutions suivantes : Cela s'entend aisément, cela s'entend de reste, cela s'entend, il s'entend ou, ellipt., s'entend, cela va de soi. L'homme est libre, jusqu'à un certain point s'entend.
4. Être compris d'une manière particulière. Cette phrase peut s' de diverses façons. Nos prix s'entendent hors taxes.
5. Se comprendre soi-même. Je m'entends, je sais bien ce que je veux dire. Il ne s'entend pas lui-même. Se comprendre l'un l'autre. Entendons-nous bien, je ne vous demande qu'un petit effort. Ils s'entendent à demi-mot, ils se comprennent sans avoir besoin de longues explications. Il faudrait s' ! s'assurer qu'il n'y a ni équivoque ni malentendu.
6. Se mettre d'accord, être d'intelligence avec quelqu'un. J'ai besoin de m' avec vous là-dessus. Entendons-nous et nous réussirons. S' avec l'ennemi. Ils s'entendirent pour le sauver, pour le perdre.
7. Sympathiser, vivre en bonne intelligence. Il est d'un commerce agréable et je m'entends bien avec lui. Ils ne s'entendent guère. Expr. fam. S' comme larrons en foire, être liés d'une amitié complice. S' comme chien et chat, très mal.
8. Être habile à faire une chose. Il s'entend à faire valoir ses terres. Il s'entend parfaitement à mener une intrigue. Bien s'y connaître dans un domaine. Il s'entend, s'y entend en musique, en peinture.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Percevoir par l'ouïe. "Entendre une voix, un bruit. Entendre le canon, le son des cloches. Nous les entendions marcher, parler, crier, rire, chanter, etc. J'entends venir quelqu'un. Je l'ai entendu dire. J'en ai entendu parler. J'ai entendu faire votre éloge. Au milieu du bruit, il ne put parvenir à faire sa voix, à se faire ." Absolument, "Je suis trop loin pour ."
"Entendre la messe, les vêpres, le sermon," Assister à la messe, aux vêpres, au sermon.
"Entendre quelqu'un," L' discourir, plaider, professer, déclamer, chanter, jouer d'un instrument, etc. "Je n'ai jamais entendu cet orateur, cet avocat, ce professeur. J'ai entendu plusieurs fois ce chanteur, ce musicien, cet acteur."
"Le bruit est si grand qu'on ne s'entend pas," Le bruit empêche ceux qui veulent converser d' mutuellement leurs paroles. On dit dans un sens analogue et figurément, "Il se fait tant de bruit qu'on n'entendrait pas Dieu tonner."
Prov. et fig., "Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son." Voyez CLOCHE.
Prov., "Il n'est pire sourd qui ne veut ," se dit au propre en parlant d'une Personne qui feint de ne pas ; et, figurément, d'une Personne qui fait semblant de ne pas comprendre une proposition, une demande à laquelle elle ne veut pas répondre.
Fig., "Il n'entend pas de cette oreille-là," se dit de Quelqu'un à qui l'on fait une proposition qu'il ne veut pas écouter.
Il signifie aussi Écouter d'une oreille attentive. "Je suis prêt à vous . Il n'a rien voulu . Veuillez mes raisons."
Spécialement, en termes de Jurisprudence, "Entendre les avocats des deux parties. Entendre des témoins. On condamna l'accusé sans l'entendre. Entendre les parties" ou "Les parties entendues. La cause, l'affaire est entendue," Les débats sont clos, il ne reste qu'à délibérer et à prononcer le jugement.
"À l'entendre," Si on l'en croit. "À les , ils ne sont pas coupables."
"Entendre à quelque chose," Y donner son consentement, l'approuver, y acquiescer. "Il ne veut à aucun arrangement."
Fam., "Ne savoir auquel , à qui ," Avoir affaire à plusieurs personnes à la fois et éprouver quelque embarras à les satisfaire. "Vous me questionnez, vous me pressez tous à la fois, je ne sais auquel ."
Il signifie encore Saisir par l'intelligence. "Cet étranger a beaucoup de peine à se faire entendre. Entendre un auteur. Un passage difficile à . Il entend un peu l'anglais. Je n'ai pu parvenir à lui faire cela, à lui faire qu'on n'avait eu aucune intention de l'offenser. L'affaire est tellement embrouillée que je n'y entends plus rien. Vous parliez d'une personne, et j'ai entendu une autre. Entendez-moi bien! J'entends fort bien ce que vous voulez dire," ou, simplement, "J'entends. Si vous recommencez, je vous chasse : entendez-vous?"
Il signifie également Avoir la connaissance et la pratique d'une chose. "Il entend bien son métier. Entendre les affaires, la chicane, etc." En ce sens il vieillit.
"Entendre son intérêt, ses intérêts," Savoir très bien comment on doit agir dans son intérêt.
"Ne rien à quelque chose," Y être fort inhabile. "Cet homme n'entend rien aux affaires, il n'y entend absolument rien. Il n'entend rien au gouvernement."
Il signifie quelquefois Présumer. "J'ai toujours entendu que notre arrangement s'exécuterait ainsi."
"Entendre à demi-mot," comprendre ce qu'un autre veut dire, sans qu'il se soit entièrement expliqué.
"Entendre finesse, malice à quelque chose," Attribuer un sens fin et malin à quelque chose. "Je ne sais pas quelle finesse vous entendez à cela. Il entend finesse à tout. Il n'entend malice à rien."
"Ne pas malice à quelque chose" signifie aussi Faire ou dire quelque chose sans mauvaise intention. "L'offre qu'il vous faisait était désavantageuse pour vous, le discours qu'il vous tenait pouvait vous choquer, a pu vous déplaire, mais il n'y entendait point malice."
"Entendre la plaisanterie, bien la plaisanterie, plaisanterie," Prendre bien les choses dites en plaisantant, ne point s'en offenser. On dit de même "Entendre raillerie," Ne pas s'offenser des railleries dont on est l'objet. "Il n'entend pas plaisanterie, raillerie là-dessus," Il est susceptible sur un certain point.
"Il n'entend pas raillerie" signifie encore Il est sévère et il veut qu'on soit exact.
"Entendre raison," Acquiescer à ce qui est juste et raisonnable. "Quelque proposition qu'on lui ait faite, il n'a jamais voulu raison. On n'a jamais pu lui faire raison."
"Il n'entend pas raison là-dessus," se dit d'une Personne qui se montre inflexible, opiniâtre, sur quelque point.
"Donner à ," "laisser , faire ," Insinuer, dire quelque chose pour faire connaître ou seulement pour faire croire. "On lui donna à qu'il ferait bien de se retirer. Il m'avait laissé que vous vous refusiez à tout accommodement. Il veut faire par là que..."
Il signifie encore Vouloir dire. "Quand je dis qu'il écrit bien, j'entends qu'il écrit purement. Le chrétien (et, par ce mot, j'entends celui qui conforme sa vie à la doctrine évangélique), etc."
"Qu'entendez-vous, qu'entend-il par là?" Que voulez-vous dire, que veut-il dire par là? Quelles sont vos prétentions, ses prétentions? On dit de même "Comment l'entendez-vous? comment l'entend-il? etc."
Il signifie en outre Exiger. "Je vous le promets, mais aussi j'entends que vous fassiez telle chose. J'entends que vous restiez avec moi. Je n'entends pas que vous sortiez. J'entends et je prétends que..."
Il signifie également Avoir l'intention de. "En faisant cela j'entendais agir dans votre intérêt autant que dans le mien."
"Faites comme vous l'entendez," Faites comme il vous plaira, comme vous le jugerez à propos. On dit de même "Chacun fait comme il l'entend."
S'ENTENDRE signifie Savoir ce qu'on veut dire. "Il ne s'entend pas lui-même. Je m'entends, cela suffit."
Il signifie aussi Se comprendre l'un l'autre. "Ils s'entendent très bien sans se parler. Ils s'entendirent à demi-mot."
"Nous commençons à nous ," Nos avis, nos opinions commencent à ne plus différer autant. "Entendons-nous," Comprenons-nous bien l'un l'autre, les uns les autres.
Dans le sens passif, "Cela s'entend de loin, cela s'entend aisément, cela ne s'entend pas," Cela est facile à comprendre, on ne saurait comprendre cela. On dit aussi "Cela s'entend, cela s'entend de reste," Cela doit être ainsi, il faut bien que cela soit ainsi. "L'homme est libre, jusqu'à un certain point, s'entend."
"S' avec quelqu'un" signifie Se concerter avec lui. "J'ai besoin de m' avec vous là-dessus." Il signifie aussi Agir de concert et, plus particulièrement, Avoir avec quelqu'un une intelligence secrète. "S' avec les ennemis. Ils s'entendaient pour le perdre." On dit en ce sens : "Entendons-nous," Soyons bien d'intelligence et de concert entre nous pour réussir dans ce que nous voulons faire. "Entendons-nous, et nous réussirons."
"S' avec quelqu'un" signifie encore Sympathiser, vivre en bonne intelligence avec lui. "Il est d'un commerce agréable, et je m'entends fort bien avec lui. Ils ne s'entendent guère ensemble."
Fig. et fam., "Ils s'entendent comme larrons en foire," se dit de Gens qui sont d'intelligence pour faire quelque chose que l'on juge blâmable.
"S' à une chose," La savoir bien faire, s'y prendre bien. "Il s'entend à faire valoir une terre. Il s'entend à mener une intrigue."
Fig. et fam., "Il s'y entend comme à ramer des choux." Voyez RAMER.
"S' en musique," "en tableaux, etc.," S'y bien connaître.
"C'est une chose entendue, c'est entendu," C'est une chose sur laquelle on s'est entendu, qui est convenue.
"Il est bien entendu que," Il a été clairement convenu que... On dit elliptiquement "Bien" "entendu que," ou simplement "Bien entendu. Il est bien entendu que vous arriverez à telle heure. Vous arriverez à telle heure, bien entendu."
Dans le langage familier, "Entendu!" signifie Chose convenue. "Entendu, je viendrai à trois heures!"



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   V. n. Étymologiquement, tendre vers, d'où, avoir intention, dessein, avec un verbe à l'infinitif, ou que et le verbe au subjonctif ou quelquefois au conditionnel. J'ai toujours entendu que l'acte serait enregistré. J'entends qu'on m'obéisse et qu'on n'obéisse qu'à moi. J'entends être obéi. En disant cela j'entends parler de lui, non de vous.
ROTR.: « J'entends qu'avec ma cour toute la ville en deuil Demain rende au dernier [Étéocle] les honneurs du cercueil »
MOL.: « Non, s'il vous plaît, je n'entends pas que vous fassiez de dépense, et que vous envoyiez rien acheter pour moi »
ANDRIEUX: « Il nous faut ton moulin ; que veux-tu qu'on t'en donne ? - Rien du tout ; car j'entends ne le vendre à personne »
    Avec le mot indéterminé le, il se prend activement. Je l'entends ainsi, c'est-à-dire je veux que la chose soit ainsi. Faites comme vous l'entendrez. Chacun fait comme il l'entend.
DANCOURT: « Mercure fait comme il l'entend, il ne vous est pas si nécessaire que moi »
    Comment l'entendez-vous ? c'est-à-dire quelle est votre intention ?
LA FONT.: « Comment l'entend monsieur mon hôte ? Dit-elle, et de quel droit me donner comme il fait ? »

 2   Être occupé à. On n'entendit plus à autre chose qu'à faire toute la diligence possible.
MALH.: « De cette façon ayant à faire en deux lieux, et ne pouvant pas partout, il en demeura une partie sur la place, l'autre jeta ses armes et s'enfuit »
LA CHAUSSÉE: « Cette femme n'entend qu'à donner des vapeurs »
    Vieilli en ce sens.

 3   Entendre à, consentir, acquiescer.
SÉV.: « Elle ne veut à nulle proposition »
LA BRUY.: « Les raisons qu'il a de ne pas à la demande... »
MASS.: « Tandis qu'il vous restait quelque espérance de vie, aviez-vous voulu à appeler le ministre de Jésus-Christ ? »
SAINT-SIMON: « La maréchale de Lorge aimait trop sa fille pour à un mariage qui ne la pouvait rendre heureuse »
VOLT.: « Je savais bien que mon Hollandais n'entendrait à aucune proposition »
ANQUET.: « Les conditions parurent si dures aux réformés qu'ils ne voulurent point y »
P. L. COUR.: « Les uns disent que j'ai bien fait d' à un arrangement »

 4   V. a. Diriger son oreille vers, d'où recevoir l'impression des sons. Entendre du bruit. J'entends parler dans la chambre à côté. J'entends que vous me dites des nouvelles.
CORN.: « On n'entend pas toujours ce qu'on croit bien »
SÉV.: « Il entend arriver un carrosse »
BOILEAU: « J'entends déjà partout les charrettes courir, Les maçons travailler, les boutiques s'ouvrir »
RAC.: « Le ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend pas nommer »
RAC.: « J'entends que vous m'offrez un nouveau diadème »
    Il se fait tant de bruit qu'on n'entendrait pas Dieu tonner, se dit d'un très grand bruit.
    Entendre dire, apprendre par la parole, par ce qui se dit. J'ai entendu dire cette nouvelle. On entend dire dans la ville qu'il y a eu un incendie. La nouvelle que j'ai entendu dire.
    Entendre parler d'une chose, en être informé par la parole.
    Entendre parler, signifie aussi avoir dans l'idée. Quand je dis nature, j'entends parler de....
    Ne pas vouloir parler d'une chose, la rejeter absolument sans vouloir même y prêter l'oreille.
BOSSUET: « Il n'en voulut jamais parler »
    Faire , faire parvenir à l'ouïe.
BOSSUET: « Dans cet oubli profond et de Dieu et d'elle-même où l'âme s'était plongée, ce grand Dieu sait bien la trouver ; il fait sa voix, quand il lui plaît, au milieu du bruit du monde »
RAC.: « Si sans trop vous déplaire, .... J'osais vous faire une timide voix »
FÉN.: « Une voix me fit ces paroles »
    Se faire , être ouï. Une voix se fait . Au milieu de ce tapage je ne pouvais me faire .
VOLT.: « Mais le nom de Tarquin vient de se faire »
    Être dit de manière à être compris.
RAC.: « Vos ordres sans détour pouvaient se faire »
    Se faire à, parler à.
RAC.: « Mais la gloire, madame, Ne s'était point encor fait à mon coeur »
    Absolument, , avoir l'ouïe. Parlez plus haut, il n'entend pas.
    Entendre dur, clair, avoir l'oreille dure, fine.
    Fig. N' que par, être uniquement dirigé par.
BOURSAULT: « Crésus ne voit, n'entend, n'agit que par vous-même »
    Fig. Il n'entend pas de cette oreille-là, il ne veut pas écouter la proposition qu'on lui fait.

 5   Prêter l'oreille. Que ceux qui m'entendent me jugent. Il est bon d' les deux parties.
RAC.: « Loin de nous , Ils demandent la paix et parlent de se rendre »
RAC.: « Faut-il le condamner avant que de l' ? »
MONTESQ.: « On voit dans Grégoire de Tours qu'ils faisaient des meurtres de sang-froid, et faisaient mourir des accusés qui n'avaient seulement pas été entendus »
    Entendre en confession, ou, simplement, , se dit du prêtre qui entend la confession d'un pénitent.
BOSSUET: « Je veux bien vous dans l'octave du St-Sacrement »
    Entendre la messe, les vêpres, le sermon, assister à la messe, aux vêpres, au sermon.
    Aller une pièce, un acteur, un prédicateur, assister à une pièce, au rôle d'un acteur, au sermon d'un prédicateur.
    Terme de pratique. S' condamner, ouïr le prononcé du jugement qui condamne ; expression qui se trouve dans les assignations ; s' condamner, c'est condamner soi.
    À l'entendre, c'est-à-dire si on l'en croit, si on lui prête l'oreille. À l'entendre, il n'est pas coupable. À vous , il s'agirait de quelque chose de fort grave.
    Absolument. Ne pas savoir auquel ou à qui , c'est-à-dire ne pas savoir à qui ou à quoi il importe de faire attention.
VAUGELAS: « Parmi tant de cris différents on ne sait auquel »
HOLBACH: « L'homme ne sait donc à qui ; sa volonté est le jouet continuel de divers motifs opposés qui se disputent le droit de le déterminer »
    On dit dans le même sens ne savoir à quoi .
ROLLIN: « Le tyran ne savait à quoi , ni quels ordres donner, ni où il fallait envoyer du secours »
    Populairement. N' ni à hu, ni à dia, ou ni à dia, ni à huraut, c'est-à-dire ne rien du tout, être sourd, être bouché.

 6   Exaucer. Dieu entendit ses voeux. Entendez ma prière.

 7   Apprendre par la renommée.
CORN.: « Il l'écoute sans y avoir aucun intérêt notable, et par simple curiosité d'apprendre ce qu'il pouvait avoir su déjà en la cour d'Égypte, où il était en assez bonne position pour des nouvelles assurées de tout ce qui se passait dans la Syrie »
BOSSUET: « Avez-vous jamais entendu une victoire plus glorieuse ? »

 8   Diriger son esprit, d'où par extension, comprendre, saisir le sens.
CORN.: « Des mystères sacrés que nous n'entendons pas »
CORN.: « Et par un mouvement que je ne puis , De ma fureur je passe au zèle de mon gendre »
CORN.: « Je commence, madame, enfin à vous »
PASC.: « Dites qu'ils entendent mal Jansénius »
SÉV.: « Il entend fort finement tout ce qui est bon »
SÉV.: « Ils n'entendent pas un mot de français »
BOSSUET: « Si nous entendons du Messie ce grand passage où Isaïe nous représente si vivement l'homme de douleurs frappé pour nos péchés et défiguré comme un lépreux »
RAC.: « Vous n'aurez point pour moi de langages secrets ; J'entendrai des regards que vous croirez muets »
RAC.: « J'ignore de son coeur les sentiments secrets ; Mais je m'y soumettrais sans vouloir rien prétendre, Si comme vous, Seigneur, je croyais les »
RAC.: « Vous résistez en vain et j'entends votre faite »
RAC.: « Vous m'entendez assez si vous voulez m'entendre »
LA BRUY.: « Les sots lisent un livre et ne l'entendent point ; les esprits médiocres croient l' parfaitement ; les grands esprits ne l'entendent quelquefois pas tout entier »
FONTEN.: « J'estime bien plus ceux qui ne comprennent pas ces mystères-là que ceux qui les comprennent ; mais malheureusement la nature n'a pas fait tout le monde capable de n'y rien »
D'OLIVET: « Suivons l'avis de Quintilien, et faisons en sorte non-seulement qu'on nous entende, mais qu'on ne puisse pas même, le voulût-on, ne pas nous »
VOLT.: « Tu pouvais de ses yeux le langage »
J. J. ROUSS.: « Tacite est le livre des vieillards, les jeunes gens ne sont pas faits pour l'entendre »
    Entendre à demi-mot, comprendre ce qui est dit d'une façon mystérieuse, voilée.
    Elliptiquement. Vous avez parlé d'une personne et j'ai entendu une autre, c'est-à-dire j'ai compris qu'il s'agissait d'une autre.
MOL.: « C'est, mon père, que je connais que vous avez parlé d'une personne et que j'ai entendu une autre »
    Vous m'entendez bien, c'est-à-dire vous savez ce que je veux dire.
LA FONT.: « Bonhomme, c'est ce coup qu'il faut, vous m'entendez, Qu'il faut fouiller à l'escarcelle »
SCARRON: « Et s'il dit qu'il n'en fera rien, Qu'il aille.... vous m'entendez bien »
    Familièrement. Entendre l'apologue, comprendre ce dont il s'agit.
    Terme de manége. Entendre bien les jambes, les talons, se dit du cheval qui semble ce que le cavalier lui demande. Donner à , laisser , faire , insinuer, faire comprendre une chose. Il m'a donné à que vous me blâmiez.
CORN.: « Je ne sais pas, seigneur, ce qu'on vous fait »
PASC.: « Combien était-il important de faire qui vous êtes ! »
PASC.: « Je veux seulement vous en faire horreur [de votre malice] à vous-mêmes, et faire à tout le monde qu'après cela il n'y a rien dont vous ne soyez capables »
TH. CORN.: « Et ne devais-je pas, quoi qu'il me fit , Pénétrer les raisons qui vous faisaient attendre ? »
RAC.: « Et ce fils si fidèle a dû vous faire Que, des mêmes ardeurs dès longtemps enflammé, Il aime aussi la reine et même en est aimé »
RAC.: « Je vais de ce signal faire la cause »
RAC.: « Vous, que l'on cherche Aman et qu'on lui fasse Qu'invité chez la reine il ait soin de s'y rendre »
FÉN.: « Elle voulut faire que.... »
FÉN.: « Je veux faire à ces rois que.... »
    Se faire , être compris. C'est un homme qui ne sait pas se faire . Je ne sais si je me fais .
    Absolument. Comprendre. En vain vous feignez de ne pas .
BOSSUET: « J'entends et Dieu entend : Dieu entend qu'il est ; j'entends que Dieu est, et j'entends que je suis »
CONDIL.: « On n'entend jamais mieux que lorsqu'on entend sans secours étrangers »
    J'entends, je comprends bien. Nous entendons, nous comprenons ce que vous voulez dire. Vous entendez, vous voilà bien avertis.
    On dit dans un sens analogue entendez-vous ? Je suis de vous très mécontente.
MARMONTEL: « Très mécontente, entendez-vous ? »
    Se dit simplement aussi pour appuyer un ordre, une menace. Sortez, entendez-vous ?

 9   Entendre, vouloir dire.
BOSSUET: « Qu'entendez-vous par ces paroles ? Entendant du temple de son corps ce que les juifs entendaient de celui de Salomon »
DU MARSAIS: « Quand les anciens disent le philosophe, ils entendent Aristote »
    Absolument.
FONTEN.: « Bientôt elle [la duchesse de Longueville] honora M. Dodart de sa confiance, j'entends de celle que l'on a pour un ami : la grande inégalité des conditions ne lui en retrancha que le titre »

 10   Entendre, connaître, être habile dans.
VOIT.: « Une personne de qui on peut dire en vérité qu'il n'y a jamais eu une dame qui ait si bien entendu la galanterie ni si mal entendu les galants »
CORN.: « Si j'ai bien entendu tantôt la politique »
CORN.: « Ici c'est un métier que je n'entends pas bien »
SÉV.: « M. de la Reynie qui entend si bien la police »
BOSSUET: « Il ne suffit pas d' la guerre »
ROLLIN: « Il [Darius] en donna le commandement [de la flotte] à Scylax, Grec, qui entendait parfaitement la marine »
J. J. ROUSS.: « Elle entend la cuisine et l'office »
    L' bien, l' mal, le comprendre bien, mal, y être habile, malhabile.
CORN.: « Ce prompt retour me perd et rompt notre entreprise. - Tu l'entends mal, Attale, il la met dans ma main »
MOL.: « Je pensais faire bien. - Oui, c'était fort l'entendre »
PASC.: « Vous l'entendez bien peu, me dit-il ; les Pères étaient bons pour la morale de leur temps ; mais ils sont trop éloignés pour celle du nôtre »
TH. CORN.: « Bon ! qui l'entendra mieux ne l'entendra pas mal »
MAINTENON: « Ce n'est pas mal l'entendre, que d'être à la fois héros et chrétien »
    Entendre finesse à quelque chose, y vouloir comprendre plus que la chose ne signifie.
DANCOURT: « Monsieur n'y entend pas plus de finesse que moi »
MARIVAUX: « Je ne sais pas la finesse qu'elle y a entendue, et tout cela retombe sur moi pourtant »
    Ne pas y finesse, n'être pas malin, ne pas vouloir faire une malice.
    Ne pas malice à quelque chose, faire ou dire quelque chose sans mauvaise intention.
    Entendre raillerie, prendre bien les choses dites en plaisantant, ne pas s'en offenser.
    Il n'entend pas raillerie, c'est-à-dire il est susceptible ou bien il est sévère.
    Entendre la raillerie, la plaisanterie, avoir la facilité, l'art, le talent de bien railler.
    Entendre raison, acquiescer à ce qui est juste et raisonnable.
    Il n'entend pas raison là-dessus, sur ce point il est opiniâtre, inflexible.
    N' ni rime, ni raison, ne pas écouter les objections, refuser par entêtement, par humeur.

 11   S'entendre, v. réfl. Être entendu, perçu par l'oreille. Sa voix ne s'entend pas.
CORN.: « Mille cris aussitôt de tous côtés s'entendent »
VOLT.: « Au pied du trône même une voix s'entendit »
VOLT.: « Un bruit affreux s'entend »
    S'entendre, s' l'un l'autre. Le bruit est si grand qu'on ne peut s'entendre.

 12   Être compris. Ce mot peut s' de diverses manières.
BOILEAU: « Il est vrai que, dans un autre de ses dialogues [de Perrault], s'il vient à la preuve, et prétend montrer que le commencement de la première ode de ce grand poëte [Pindare] ne s'entend point, c'est ce qu'il prouve admirablement par la traduction qu'il en a faite »
    Cela s'entend, cela s'entend bien, cela se suppose ainsi, cela doit être ainsi.
    S'entend, c'est-à-dire bien entendu, cela va sans dire, locution familière qui se dit par parenthèse.
RAC.: « Ne connaîtrais-tu pas quelque honnête faussaire, Qui servît ses amis, en le payant, s'entend ? »
VOLT.: « Je me crois libre (jusqu'à un certain point s'entend) »
P. L. COUR.: « Je ne regrette rien de cette Babylone impure que vous habitez ; s'entend, je n'en regrette que vous »
    Se comprendre l'un l'autre. Nous nous entendons à demi-mot. Nous ne nous entendons point.
SÉV.: « Vous vous entendiez à merveilles »
FÉN.: « Ils s'entendaient sans rien dire »
    Entendons-nous, comprenons bien ce que chacun de nous dit.
    S'entendre, se comprendre soi-même.
DANCOURT: « Tu feras ce que je veux, ou.... suffit, je m'entends bien »

 13   Se concerter, être d'accord, d'intelligence.
VOIT.: « Vous vous êtes entendu avec elle à me nuire »
CORN.: « D'où vient que mon coeur même à demi révolté Semble vouloir s' avec ta lâcheté ? »
SÉV.: « Je ne veux point m' avec vos ennemis »
BOSSUET: « Dans la première ruine de Jérusalem les Juifs s'entendaient du moins entre eux : dans la dernière, Jérusalem, assiégée par les Romains, était déchirée par trois factions ennemies »
RAC.: « Mais si dans son devoir votre coeur affermi Voulait ne point s' avec son ennemi »
    Nous nous entendons bien, nous vivons bien ensemble.
    Entendons-nous bien, soyons bien d'intelligence. Entendons-nous bien, et nous réussirons.
    S' comme larrons en foire, se dit de gens qui se concertent pour quelque chose de blâmable ou de suspect.
VOLT.: « Et toutes [les femmes], se liguant pour nous en faire accroire, S'entendent contre nous comme larrons en foire »

 14   Être habile dans une chose, se connaître à une chose. Il s'entend en musique, en tableaux. Il s'entend à la culture.
FÉN.: « Ah ! que les hommes s'entendent mal en gloire ! »
    Familièrement. Il s'y entend comme à ramer des choux, comme à faire un coffre, il ne comprend rien à ce qu'il fait.

PROVERBES
    Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son, il faut les deux parties.
    Il n'est pire sourd, ou il n'est point de pire sourd que celui qui ne veut pas , se dit d'un homme qui feint de ne pas ouïr ou de ne pas comprendre.

REMARQUE
    1. Je l'ai entendu dire à différentes personnes, est une locution à laquelle il faut prendre garde ; car elle est amphibologique. Elle peut signifier : j'ai entendu qu'on le disait à différentes personnes, ou que différentes personnes le disaient. Il faut donc, quand on en use, bien considérer si le sens est suffisamment déterminé par le contexte.
    2. Même observation pour la phrase : Je lui ai entendu dire cela ; car elle peut signifier : j'ai entendu qu'il disait cela, ou qu'on lui disait cela.
    3. S'il y avait deux régimes, l'amphibologie disparaîtrait.
VOLT.: « Je lui ai entendu dire à un homme d'État fort célèbre Cette phrase, peu élégante d'ailleurs, signifie sans ambiguïté : j'ai entendu qu'il disait à un homme.... »
    4. Régnier a mis de avec dans le sens de avoir l'intention. Je n'entends, quant à moi, de la prendre à partie, Sat. II.
    5. Pour peu qu'on y réfléchisse, on trouvera que, grammaticalement, s' à quelque chose pour y être habile est de difficile explication. Si on prend la locution telle qu'elle se présente, on a : soi ; ce qui, manifestement, ne signifie rien. C'est un archaïsme qui en rend compte ; est proprement un verbe neutre ; il l'est encore aujourd'hui, il l'était dans l'ancienne langue. Or dans cette ancienne langue les verbes neutres avaient la propriété de se construire avec le pronom personnel. S'entendre, en cet emploi, est donc au neutre construit avec se (voy. SE pour cette construction ; voy. aussi APERCEVOIR).

SYNONYME
    1. ENTENDRE, CONCEVOIR, COMPRENDRE. Entendre et comprendre signifient saisir le sens ; ce qui les distingue de concevoir qui signifie embrasser par l'idée : j'entends ou je comprends cette phrase ; et non je la conçois. Au contraire dans le vers de Boileau : Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, ou comprendre ne conviendrait pas. La nuance est autre entre comprendre et . Au fond, l'idée d' est de faire attention à, être habile dans, tandis que celle de comprendre est prendre en soi : j'entends l'allemand, je le sais, j'y suis habile ; je comprends l'allemand dirait moins. D'un autre côté, pour une démonstration, comprendre est le mot propre.
    2. ENTENDRE, OUÏR., Ces deux mots, très différents dans l'origine, sont complétement synonymes aujourd'hui. Ouïr était le mot propre, peu à peu écarté par qui est le mot figuré. Ouïr c'est percevoir par l'oreille ; c'est proprement faire attention ; l'usage seul lui a donné le sens détourné d'ouïr. La seule différence qu'il y ait, c'est que ouïr est devenu verbe défectif et d'un usage restreint. Quand le sens peut être louche, il faut, sans hésiter, employer ouïr. Ainsi ce mot de Pacuvius sur les astrologues : Magis audiendum quam auscultandum censeo, se traduira par : Il vaut mieux les ouïr que les écouter. Entendre ferait un contre-sens.
    3. ENTENDRE, ÉCOUTER., Entendre c'est être frappé des sons ; écouter c'est prêter l'oreille pour les . Quelquefois on n'entend pas quoiqu'on écoute, et souvent on entend sans écouter.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. XVI: Et dist al rei : bien l'avez enten. dud
     ib. CCLXXV: Un en i ad à qui li autre entendent
    XIIème siècle
     Ronc. p. 31: Beau sire Guene, devers moi entendez
     Couci, v: Or me refait Amors à lui
     ib. v: Ele voit bien et conoist et entent Qu'il n'en est plus qui aimt [aime] si leaument
     Sax. v: Quant plus est li bernages à grant joie antandanz, Atant es un paien qui ot nom Margulanz
     ib. XIV: Sire, dit li messages, antandez ma raison
     ib. XXI: Pour lor bonté [je] le di, ne nul mal n'i antant
     Th. le mart. 38: Laienz entra Thomas od mult poi conpaignuns : Poi i mena des suens, si cum nus l'entenduns [nous l'apprenons]
    XIIIème siècle
AUDEFR. LE BAST.: « Fille, se vous vouliez à mariage, Fil de roi [je] vous donroie, riche et de haut parage »
     ib. p. 48: Bele Doette, es fenestres seant, Lit en un livre, mais au cuer ne l'entent [maisson coeur n'y est pas]
     Roman de Mahomet, p. 64: Par huit jors se sont entendu Li baron à grant feste faire ; Puis vait cascuns à son repaire Molt lié [très content], quant le congié a pris
     Bibl. des Chartes, 4e série, t. v, p. 476: Chacun qui s'entent jugera C'on doit miex mauvese pugnir Que li loial lessier languir
     Chr. de Rains, p. 2: Et Loeys estoit sages et entendans
     ib. 235: Cui conscience ne reprent, plus tost au mal qu'au bien entent
     Ren. 1803: Einsi te voloie essaier ; Quar certes je n'i entent mie Ne traïson ne felonie
     la Rose, 78: Lors estuet [il convient] jones gens à estre gais et amoureus
     Ass. de Jér. I, 132: Plait de murtre est moult soutil, et moult le peut on soutilment plaider qui faire le set, mais que l'on seit bien entendu
JOINV.: « Lou conseil li loa, si comme l'en [l'on] me donna à , que il s'en venist à Damiete en galies »
JOINV.: « Et sachiez que, se il se feussent pris garde de nous, il nous eussent touz mors [tués], mes il entendoient [faisaient attention] au roy et aux autres grosses batailles »
JOINV.: « Et me dist ainsi, que il n'entendoit mie [comprenait pas] comment li roys eut pooir de demourer »
    XIVème siècle
H. DE MONDEVILLE: « [Oeuvre de chirurgie qui doit être désirée] et de ceux qui s'entendent moiennement, et des ydiots qui se mesconnoissent »
ORESME: « Aristote entent tousjours pour fors ceulx qui ont la vertu de fortitude »
     Baud. de Seb. XII, 770: Bienfais n'est point perdus à chelui [celui] qui s'entent
    XVème siècle
FROISS.: « Quand ces chevaliers de Bretagne virent venir les Anglois, et qu'ils s'ordonnoient pour eux assieger, si n'en furent mie trop effrayés ; mais entendirent premierement au chastel et puis aux guerites et aux portes »
FROISS.: « Quand vint le matin, de rechef ils commencerent à assaillir fort et appertement en plusieurs lieux, et ensonnierent [inquiétèrent] si ceux de la ville, qu'ils ne savoient auquel »
FROISS.: « On leur donnoit tant à faire que on ne savoit, par dedans, auquel lez [côté] »
FROISS.: « [Les Écossais parlant des Français] Ils ne nous entendent point, ni nous eux »
CH. D'ORL.: « Sur ce, s'advise qui a sens, Soit en jeunesse ou en vieillesse ; Et qui ne m'entend, je m'entens, Monstrant que suis dame et maistresse »
LEROUX DE LINCY: « Qui entend mal, raporte mal »
COMM.: « Comme vous z cy après »
COMM.: « Or il fault que monseigneur du Magne estoit avec sept ou huyt cens hommes d'armes au devant des ducs »
COMM.: « Que on tyreroit vers Paris pour essayer si on pourroit reduyre la ville à vouloir au bien public du royaulme »
COMM.: « Et y en a assez qui ne parlent que après les autres, sans gueres aux matieres »
COMM.: « Il [Louis XI] estoit assez lettré ; il aymoit à demander et à de toutes choses »
COMM.: « À riens ne voulut ledit duc »
COMM.: « Ung des plus sages chevaliers et plus entendus que je cogneus jamais »
     Perceforest, t. VI, f° 79: Elle se delibera de soy appareiller pour honnestement faire son messaige ; car bien convenoit le faire de bonne sorte, entendu que les pucelles à qui il falloit qu'elle feist les messaiges estoient de grand estat
    XVIème siècle
RAB.: « J'entendz et veulx que tu apprennes les langues parfaictement »
RAB.: « Mon amy, je n'entendz point ce barragouin ; pourtant, si voulez qu'on vous entende, parlez aultre languaige »
RAB.: « Vous y amenerez vostre femme, s'il vous plaist, avecques ses voisines, cela s'entend »
RAB.: « Vous l'avez ouy, l'avez-vous entendu ? »
MONT.: « Ny n'entendent les stoïciens que l'ame de leur sage puisse.... »
MONT.: « Le seigneur de Langey, très entendu en telles choses »
MONT.: « Croesus lui feit qu'il verifioit lors à ses despens l'avertissement de Solon »
MONT.: « Il leur semble bien faire les moderez et les entendus quand.... »
LANOUE: « Et encores se moquent-ils des autres qui n'entendent pas le tour du baston, et les appellent lourdauts »
LANOUE: « L'art militaire est aussi mieux entendu qu'il n'estoit »
LANOUE: « La plupart de la noblesse, ayant entendu l'execution de Vassy, se delibera de venir près Paris »
LANOUE: « Chacun s'incitoit à paix, et à persuader les grands d'y »
AMYOT: « En quelque style qu'il soit mis, pourveu qu'il s'entende, il ne peut faillir à estre bien receu »
VILLEROY: « Je ferois moins de doute de la volonté du pape à nous assister en ceste occasion que de celle du roy catholique ; car sa Sainteté s'est déjà laissé [a donné à ] qu'il falloit choisir un prince du sang catholique pour beriter du royaume, après le decès de M. le cardinal de Bourbon »
COTGRAVE: « À bon entens-tu il ne faut qu'un mot »
DES ACCORDS: « Equivoques par amphibologie, vulgairement appellées des entends-trois »
CHARRON: « On peut faire l'habile, l'empesché et l'entendu, c'est-à-dire le sot et miserable »

ÉTYMOLOGIE
    Bourguig. entarre ; provenç. ; catal. r ; espagn. entender ; ital. intendere ; du latin intendere, diriger vers, appliquer, de in, en, et tendere, tendre (voy. ce mot), et, par extension, dans les langues romanes, ouïr et comprendre.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE ENTENDRE. Ajoutez :

 15   Entendre haut, locution provinciale signifiant avoir l'oreille dure.

ÉTYMOLOGIE Ajoutez :
    6. On a dit : à double , pour : à double entente.
DANGEAU: « On a ordonné aux comédiens italiens de retrancher de leurs pièces tous les mots à double qui sont trop libres »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Ouïr, recevoir l'impression des sons par l'organe de l'ouïe. "Entendre une voix, un bruit. Entendre le canon, le son des cloches. J'étais si loin, que je ne pouvais . Nous les entendions marcher, crier, rire, chanter, etc. J'entends venir quelqu'un. Je l'ai entendu dire. J'en ai entendu parler. J'ai entendu un tel faire votre éloge. Au milieu du bruit, il ne put parvenir à faire sa voix, à se faire ."
Fam., "Entendre dur," Avoir l'oreille dure, être un peu sourd. "Entendre clair," Entendre distinctement.
"Entendre la messe, les vêpres, le sermon," Assister à la messe, aux vêpres, au sermon.
"Entendre quelqu'un," L'ouïr, l' discourir, plaider, professer, déclamer, chanter, jouer d'un instrument, etc. "Je n'ai jamais entendu cet orateur, cet avocat, ce professeur. J'ai entendu plusieurs fois ce chanteur, ce musicien, cet acteur."
Prov., "Il se fait tant de bruit, qu'on n'entendrait pas Dieu tonner."
Prov. et fig., "Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son," Pour prononcer dans une affaire, il faut les deux parties.
Prov., "Il n'est pire sourd, il n'est point de pire sourd que celui qui ne veut pas ," se dit au propre en parlant D'un homme qui feint de ne pas ouïr; et, figurément, D'un homme qui fait semblant de ne pas comprendre une proposition, une demande à laquelle il ne veut pas répondre.
Prov. et fig., "Il n'entend pas de cette oreille-là," se dit D'un homme à qui l'on fait une proposition qu'il ne veut pas écouter.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Écouter, prêter volontiers l'oreille, prêter attention à. "Entendre les avocats des deux parties. Entendre des témoins. Tous les orateurs inscrits ont été entendus. Je suis prêt à vous . Entendre une lecture. Veuillez mes raisons."
"Entendre à quelque chose," Y donner son consentement, l'approuver, y acquiescer. "Je saurai s'il veut au mariage qu'on lui propose. Il ne veut à aucun arrangement. Je le lui proposerai, nous verrons s'il y veut . Il n'y veut point ."
Fam., "Ne savoir auquel ," Avoir affaire à plusieurs personnes à la fois, et éprouver quelque embarras à les satisfaire. "Vous me questionnez, vous me pressez tous à la fois, je ne sais auquel ."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Comprendre, concevoir. "Cet étranger a beaucoup de peine à se faire . Entendre le sens d'un auteur. Entendre un auteur. Un passage difficile à . Entendre un mot. Entendre le latin, le grec. Il entend un peu l'anglais. Je n'ai pu parvenir à lui faire cela, à lui faire qu'on n'avait eu aucune intention de l'offenser. L'affaire est tellement embrouillée, que je n'y entends plus rien. J'entends fort bien ce que vous voulez dire," ou simplement, "J'entends. S'il vous arrive encore une fois de faire pareille chose, je vous chasse; entendez-vous?"
"Entendre à demi-mot," Comprendre facilement ce qu'un autre veut dire, sans qu'il se soit entièrement expliqué.
"Entendre finesse, malice à quelque chose," Donner un sens fin et malin à quelque chose. "Je ne sais pas quelle finesse vous entendez à cela. Il entend finesse à tout. Il n'entend malice à rien."
"Ne pas malice à quelque chose," signifie aussi, Faire ou dire quelque chose sans mauvaise intention. "L'offre qu'il vous faisait était désavantageuse pour vous, le discours qu'il vous tenait était offensant, mais il n'y entendait point malice."
"Entendre la plaisanterie, bien la plaisanterie, plaisanterie," Prendre bien les choses dites en plaisantant, ne point s'en offenser. "Il n'entend pas la plaisanterie. Il entend plaisanterie mieux qu'homme du monde." On dit de même, "Entendre raillerie," Ne pas s'offenser des railleries dont on est l'objet. (Voyez plus bas "Entendre la raillerie.")
"Il n'entend pas plaisanterie," signifie quelquefois, Il est susceptible. On dit de même, "Il n'entend pas raillerie là-dessus," en parlant D'un homme sensible et épineux sur une certaine chose.
"Il n'entend pas plaisanterie," et "Il n'entend pas raillerie," signifient encore, Il est sévère et il veut qu'on soit exact. "Ne négligez pas ce qu'il vous a ordonné, il n'entend pas plaisanterie."
"Entendre raison," Acquiescer à ce qui est juste et raisonnable. "Quelque proposition qu'on lui ait faite, il n'a jamais voulu raison. On n'a jamais pu lui faire raison. Enfin, vous entendez raison."
"Il n'entend pas raison là-dessus," se dit D'un homme qui sur quelque point se montre inflexible, sévère, opiniâtre, toujours prêt à se formaliser.
Prov., "N' ni rime ni raison," Refuser par humeur, par entêtement, etc., de se rendre aux propositions les plus raisonnables.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie quelquefois, Présumer. "J'ai toujours entendu que notre arrangement s'exécuterait ainsi."
"Donner à , laisser , faire ," Insinuer, dire quelque chose pour donner à connaître ou seulement pour faire croire. "On lui donna à qu'il ferait bien de se retirer. Il m'avait laissé que vous vous refusiez à tout accommodement. Il veut faire par là que"...



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie en outre, Exiger. "Je vous le promets, mais aussi j'entends que vous fassiez telle chose. J'entends que vous restiez avec moi. Je n'entends pas que vous sortiez. J'entends et je prétends que"...
Il signifie également, Avoir intention, dessein, avoir en vue. "Quand je dis qu'il écrit bien, j'entends parler de sa prose et non de ses vers. En faisant cela, j'entendais agir dans votre intérêt autant que dans le mien. Le chrétien (et, par ce mot, j'entends celui qui conforme sa vie à la doctrine évangélique), etc."
"Qu'entendez-vous, qu'entend-il par là?" Que voulez-vous dire, que veut-il dire par là? quelles sont vos prétentions, ses prétentions? On dit de même, "Comment l'entendez-vous? comment l'entend-il? etc."
"Faites comme vous l'entendrez," Faites comme il vous plaira, comme vous le jugerez à propos. On dit de même proverbialement, "Chacun fait comme il l'entend."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie de plus, Avoir la connaissance et la pratique d'une chose. "Il entend bien son métier. Entendre le commerce, les affaires, la chicane, etc."
"Entendre son intérêt, ses intérêts," Savoir très-bien comment on doit agir dans son intérêt.
"Entendre la raillerie, bien la raillerie," Avoir la facilité, l'art, le talent de bien railler. On dit quelquefois de même, "Entendre bien la plaisanterie," Savoir plaisanter finement, sans offenser. (Voyez ci-dessus le sens qu'on donne plus ordinairement à cette dernière phrase.)
"Ne rien à quelque chose," Y être fort inhabile. "Cet homme n'entend rien aux affaires. Il n'y entend absolument rien. Il n'entend rien à gouverner."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie souvent avec le pronom personnel. Ainsi on dit:
"Le bruit est si grand, qu'on ne s'entend pas," Le bruit empêche ceux qui veulent converser d' mutuellement leurs paroles.
Dans le sens passif, "Cela s'entend de loin," On peut ouïr, cela de loin. "Cela s'entend aisément, cela ne s'entend pas," Cela est facile à comprendre, on ne saurait comprendre cela. On dit aussi, familièrement, "Cela s'entend, cela s'entend bien," Cela se suppose ainsi, cela doit être ainsi, il faut bien que cela soit ainsi.
Fam., "Je m'entends bien," Je sais bien ce que je veux dire. "Il ne s'entend pas lui-même," Il ne sait pas lui-même ce qu'il veut dire. "Nous commençons à nous ," Nos avis, nos opinions commencent à ne plus différer autant. "Entendons-nous," Comprenons bien les intentions les uns des autres, ou Écoutons bien ce que chacun de nous dit. (Voyez ci-après un autre sens de cette dernière locution.)
"S' avec quelqu'un," Se concerter avec lui. "J'ai besoin de m' avec vous là-dessus." Il signifie aussi, Agir de concert, et plus particulièrement, Avoir avec quelqu'un une intelligence secrète. "S' avec les ennemis. Ils s'entendaient pour le perdre."
Fam., "Entendons-nous," Soyons bien d'intelligence et de concert entre nous pour réussir dans ce que nous voulons faire. "Entendons-nous, et nous réussirons."
Prov., "Ils s'entendent comme larrons en foire," se dit De gens qui sont d'intelligence pour faire quelque chose de blâmable.
"S' avec quelqu'un," signifie encore, Sympathiser, vivre en bonne intelligence avec lui. "Il est d'un commerce agréable, et je m'entends fort bien avec lui. Ils ne s'entendent guère ensemble."
"S' à une chose," La savoir bien faire, s'y prendre bien. "Il s'entend à faire valoir une terre. Il s'entend à mener une intrigue."
Prov., "Il s'y entend comme à faire un coffre, comme à ramer des choux," se dit D'un homme qui veut faire une chose à laquelle il n'entend rien.
"S' en musique, en tableaux, etc.," S'y bien connaître.




Emplacement dans le dictionnaire :

entamer
entaquer
entassement
entasser
ente
entées
entement
entendement
entendeur

entendu
entente
enter
entériner
entérique
entérite
entéro-mésentérique
entéro-mésentérite
enterobacteries
enterrement
enterrer




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